Pourquoi aime-t-on tant se déguiser ?

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Pourquoi aime-t-on tant se déguiser ?

L’histoire complexe du déguisement

Le déguisement occupe une place importante dans de nombreuses fêtes dans notre société. On aime se déguiser pour participer à ces moments de tradition et de convivialité. En effet, enracinées dans notre culture, ces fêtes ont été créées il y a bien longtemps.

Une origine qui remonte à l’Antiquité

Le rituel du déguisement existe depuis des siècles. En effet, c’est dans l’Antiquité que les Romains ont commencé à se déguiser, au moment des nombreuses fêtes religieuses. On dénombrait alors seulement 55 jours ouvrables : tout était prétexte à festivités. Les principales fêtes où l’on se déguisait étaient alors effectuées en l’honneur du printemps. Les hommes et les femmes portaient des costumes et des masques pour s’assurer d’excellentes récoltes pour l’année en cours, car l’année romaine commençait alors le 1er mars. L’une des fêtes les plus connues s’appelait Les Lupercales. Interdite au Vème siècle par le pape, elle s’est transformée en la Saint Valentin, la fête des amoureux. Avec les fêtes grecques dionysiaques, elle a aussi donné naissance au fameux Carnaval d’aujourd’hui.

Des fêtes chargées d’histoire

Le Carnaval

Comme nous l’avons évoqué ci-dessus, l’origine du Carnaval remonte à l’Antiquité. C’est le descendant des célébrations printanières de l’époque. Le Carnaval se tient traditionnellement entre la fête de l’Épiphanie et la période du Carême, un temps de jeûne de 40 jours dans la religion chrétienne. Le Carnaval constitue donc le dernier moment pour manger des aliments gras. Il atteint son apogée à l’occasion du Mardi Gras pendant lequel il est de tradition de s’empiffrer de beignets entre autres aliments gras. Le Carnaval est donc devenu une énorme fête où les gens chantent, défilent, dansent et, bien sûr, se déguisent. Parfois, les rôles sociaux sont inversés : le bouffon devient le roi et le roi devient le bouffon. Les carnavals de certaines villes ont acquis une réputation mondiale : c’est par exemple le cas à Venise, à Nice ou encore à Rio. Celui de Venise est connu pour ses masques conçus pour protéger du mauvais sort. Le Carnaval de Rio, quant à lui, met surtout en avant des costumes en plumes.

Halloween

Halloween vient, quant à elle, d’une fête encore plus ancienne que le Carnaval : Samain. Il s’agissait d’une fête celtique célébrée à l’automne, pour fêter la fin de l’année. Cette journée à part permettait d’affaiblir la séparation entre le monde des morts et celui des vivants. Les Celtes se protégeaient donc en allumant de grands feux de joie et en portant des costumes effrayants. Les démons et les mauvais esprits n’étaient donc pas tentés de nuire aux hommes. Vestige de cette fête celtique, Halloween est la contraction d’ « All Hallow Even », c’est-à-dire « La veille de tous les Saints » en anglais. Elle est aujourd’hui fêtée le 31 octobre, surtout dans les pays celtiques et aux États-Unis.

Une activité prisée des enfants

Personne n’aime plus se déguiser que les enfants. Déguisement dinosaure, collier de maman, chaussures de papa, panoplie de princesse ou de pompier : le plaisir des petits est toujours présent !

Une porte d’entrée dans l’imaginaire

Une robe froissée aux airs d’habits de princesse, une veste plus vieille que Mathusalem de laquelle dépassent vaguement de petites mains, une fausse moustache, une canne, un chapeau et, bien sûr, des immenses chaussures cent fois trop grandes qui donnent une démarche de géant maladroit, etc. Cet accoutrement qui peut vous sembler ridicule représente en fait un moyen pour votre enfant de rêver et de s’évader dans un monde imaginaire. Votre petit utilise ainsi la fiction pour nourrir son imagination. Mais les besoins diffèrent selon les âges. Par exemple, les moins de quatre ans sont plutôt attirés par les accessoires liés aux métiers du monde des adultes. Par exemple, une mallette de médecin, une cuisinière, une perceuse. A contrario, les déguisements complets font encore peur à cet âge où l’identité n’est pas encore complètement établie. Ce n’est que vers cinq ans que votre enfant commence à s’inventer des rôles à part entière et à enfiler sans difficulté des costumes complets.

Imiter les adultes

Les enfants idéalisent souvent les adultes et, en premier lieu, leurs parents. Emprunter vos vêtements, c’est donc d’une certaine façon chercher à vous imiter. Vos enfants cherchent à vous ressembler, vous qu’il voit comme des superhéros qui ont toujours réponse à tout. C’est aussi pourquoi les uniformes de professions considérées comme « héroïques » remportent un aussi franc succès dès quatre ou cinq ans. Pompier, policier, etc. : ces héros du quotidien sont plébiscités. De la même manière, les costumes de superhéros fonctionnent très bien à ces âges. Certains psychologues avancent que le déguisement constitue un objet de transition. En effet, un enfant naît tout-puissant. Il doit peu à peu apprendre à renoncer à cette puissance, à mesure qu’il grandit. Il doit accepter certaines limites et règles. Le déguisement constitue donc un espace entre l’imaginaire et la réalité. Votre enfant peut continuer à croire en ses pouvoirs, même de façon éphémère. Les déguisements ont aussi une dimension cathartique : ils représentent certaines des émotions fortes qui traversent votre enfant.

Une façon de sociabiliser

Le déguisement amène une liberté presque totale. L’enfant peut changer d’identité, d’époque, voire de monde. Les règles ne sont donc pas définies d’avance. L’enfant doit les définir, contrairement à la plupart des jeux de société usuels. Cette situation, loin de pousser votre petit dans ses retranchements, le pousse à sociabiliser avec ses congénères. Il faut discuter des règles du jeu avec eux, pour déterminer les méchants et les gentils ou réagir à une péripétie imaginée par l’un des participants. Les enfants parviennent à des compromis, avec plus ou moins de difficultés. Étonnamment, ils se disputent beaucoup moins lorsqu’ils sont déguisés, sûrement stimulés par le monde imaginaire qui s’offre à eux.

Une soupape de décompression sociale

Les enfants ne sont pas les seuls à adorer se déguiser. Les adultes éprouvent aussi une certaine jouissance à changer d’identité le temps de quelques heures.

Une libération des mœurs

Au Moyen Âge, le Carnaval s’accompagne de nombreuses manifestations pendant lesquelles l’ordre établi est aboli au profit d’un éphémère chaos. Cette fête du peuple est l’occasion de travestissements, de débordements, de manifestations de sauvagerie, voire d’inversions des codes sociaux et des sexes. Par exemple, à Paris, les aristocrates et les bourgeois costumés n’hésitaient pas à s’encanailler parmi les hommes et les femmes du peuple dans les faubourgs de Belleville. Le Carnaval était donc le seul moment de l’année où ce qui était interdit était autorisé. Cela permettait aux gens de se défouler avant que la période du Carême ne commence. Aujourd’hui, si l’on est loin des excès d’autrefois, se déguiser, quelle que soit l’occasion, permet de se désinhiber et de se libérer. Quand on porte un masque, on est difficilement reconnaissable. On peut donc se permettre plus facilement de se lâcher et d’exprimer des choses retenues dans la vie normale de tous les jours. Un costume permet aussi d’être quelqu’un d’autre pendant quelques heures. On adopte donc sa personnalité, ne serait-ce que par jeu. On développe et on libère donc sans y faire attention une part de nous-mêmes. Porter un costume de méchant permet d’exprimer en toute sécurité son côté sombre sans éprouver de culpabilité. Il s’agit aussi d’un retour en enfance libérateur pour certains.

Un intérêt psychanalytique

Si l’on applique la théorie freudienne au déguisement, on peut donner une signification profonde au fait de se déguiser. Le déguisement nous assure, en effet, qu’il existe toujours une possible autre version de nous-mêmes. Nous cachons sans arrêt aux autres et à nous-mêmes de nombreux désirs et instincts inavoués. Il existe donc un moi conscient que nous présentons aux autres pendant la vie de tous les jours, tandis qu’une partie de notre personnalité, parfois totalement aux antipodes, est toujours dissimulée. John Suler, un professeur de psychologie dans une université du New Jersey, a mené une expérience avec ses étudiants. Il a demandé à chacun d’entre eux de choisir un costume pour l’un de leurs camarades. La plupart ont choisi un déguisement qui révélait l’exact opposé de ce que représentait la personne pour eux. Dans tous les cas, le déguisement permet d’effacer les identités derrière un masque. Tout le monde devient égal : cette soupape de décompression sociale ne dure cependant qu’un temps limité.

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